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mardi 20 septembre 2011
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Ces " petites " banques qui grandissent
lundi 19 septembre 2011 à 10h32
C'est
une des conséquences structurelles de la crise : le paysage bancaire du
pays se modifie sensiblement. Face aux quatre principales enseignes du
marché belge (BNP Paribas Fortis, KBC, Dexia, ING), une poignée de
challengers s'affirme. Avec vigueur.

Depuis
la fameuse chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, un nouvel
ordre mondial de la finance s'est progressivement mis en place. A
l'instar de Lehman, certains grands noms du secteur comme Merrill
Lynch, avalé par Bank of America, ont purement et simplement été rayés
de la carte.
D'autres établissements par contre sont sortis
renforcés de la crise. C'est ainsi qu'a émergé une superligue, plus
musclée que jamais, comprenant une poignée de mastodontes bancaires
comme Goldman Sachs, JP Morgan, Barclays, Credit Suisse ou encore
Deutsche Bank. Ceux-ci règnent désormais en maîtres sur la planète
finance.
Un quatuor de tête qui reste inchangé
Et
chez nous ? Trois années de crise financière ont-elles aussi transformé
notre paysage bancaire du tout au tout ? A première vue, non. Emporté
par la crise des subprimes, le groupe Fortis n'existe plus, certes.
Ceci n'empêche toutefois pas BNP Paribas Fortis de continuer à dominer
de la tête et des épaules le marché national. C'est ce que montre
clairement une analyse réalisée par le cabinet de conseils Roland
Berger, prenant la taille du bilan comme critère de mesure.
Ainsi,
avec un total de bilan évalué à 435 milliards d'euros, l'ex-Fortis
Banque demeure de loin la plus grosse banque du pays. Désormais
complètement intégrée au sein du groupe bancaire français BNP Paribas,
elle devance KBC Bank (282 milliards), Dexia Banque Belgique (254
milliards) et ING Belgique (154 milliards). Au total, nos quatre
«grandes» banques, aussi dénommées de la sorte parce qu'elles disposent
d'un large réseau d'agences, contrôlent donc toujours près de 90 % du
marché. Bref, «le marché belge de la banque reste très fortement
concentré», résume Grégoire Tondreau, consultant spécialisé dans les
services financiers chez Roland Berger. Rien de nouveau donc sous le
soleil. Du moins sur ce terrain-là.
Une deuxième division qui grossit
Car
il ne faudrait pas s'y tromper. Certes, ces quatre ténors bien connus
du grand public que sont BNP Paribas Fortis, KBC, Dexia et ING,
continuent de truster les premières places de notre hiérarchie
bancaire. Mais leur hégémonie s'étiole. Derrière ce peloton de tête, on
retrouve en effet un groupe de poursuivants, composé de banques de
taille plus modeste comme Argenta ou le Crédit Agricole, qui reprend du
poil de la bête. «Autant avant la crise, ce phénomène de concentration
du marché belge avait tendance à s'accentuer, observe Grégoire
Tondreau, autant avec la crise, il a plutôt tendance à s'atténuer.
Voire même à s'inverser.»
En atteste le poids plus important
dans le total bilantaire du secteur des six challengers (Argenta, AXA
Banque, Crédit Agricole, Record, Deutsche Bank et CBC Banque) qui
complètent le Top 10 de la banque belge. Cette part a progressé de près
de 20 % entre 2006 et 2009, passant de 5,2 % à 8,8 %. Ce n'est pas
rien. D'autant que, dans le même temps, celle de leurs quatre grandes
rivales a, elle, reculé de 2 %.
En clair, la deuxième division de la banque belge a grossi tandis que la première league s'est amaigrie.
La carte du service bancaire complet
Cette
montée en puissance des enseignes de second rang, du second tier pour
parler comme les banquiers, il est aisé de vouloir l'expliquer par les
malheurs de Fortis et Dexia. Apeurés par la tourmente financière de
2008, nombreux sont les Belges à s'être réfugiés dans des institutions
jugées plus sûres. C'est vrai. Au plus fort de la tempête, AXA Banque a
par exemple bénéficié de son image positive d'assureur. Plus
globalement, «les petites banques continuent de profiter des doutes et
des questionnements qui entourent l'avenir de certaines grandes banques
de détail du pays pour gagner des parts de marché», note Grégoire
Tondreau.
Doit-on pour autant parler de transferts massifs de
clients (avec à la clé des fermetures de comptes) ? Pas nécessairement.
Disons plutôt que le consommateur raisonne davantage en termes de
diversification. Plus question de mettre tous ses oeufs dans le même
panier. De sorte que «les grandes banques perdent relativement peu de
clients, souligne à ce propos Grégoire Tondreau. Mais ceux-ci sont plus
multi-bancarisés que par le passé». Traduction : ils font désormais
confiance à plusieurs banquiers, dont certains de ces fameux
challengers. Et pour cause : «Ces derniers sont les acteurs du marché
les plus à même d'offrir un service bancaire relativement complet et
donc de concurrencer les grandes banques», observe Grégoire Tondreau.
Ou pour le dire autrement, on peut très bien arrêter du jour au
lendemain d'être client chez BNP Paribas Fortis et passer chez Deutsche
Bank pour gérer son argent au quotidien.
Trois leviers de croissance
Des
challengers qui s'affirment. Voilà qui a de quoi accroître encore un
peu plus la concurrence sur un marché où se sont repliés les quatre
«grands», crise oblige. D'autant qu'au sein même de cette deuxième
division, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Il y a bien
sûr les établissements qui montent, actionnant «trois leviers de
croissance bien distincts, observe Grégoire Tondreau, que sont soit des
changements dans le management, des acquisitions ou des efforts
marketing». Avec comme credo, l'agressivité et l'innovation
commerciales, clairement mises au service de la volonté de devenir la
première banque pour leurs clients.
Ainsi, au rayon changement
dans le management, citons AXA Banque et Argenta, qui ont recruté deux
nouveaux patrons et se sont réorganisés en profondeur. Le Crédit
Agricole de son côté a procédé à plusieurs acquisitions au cours des
dernières années : Europabank, Keytrade, Kaupthing et dernièrement
Centea (ex-filiale de KBC). Autant de rachats qui lui ont permis
d'accueillir plusieurs centaines de milliers de clients
supplémentaires. Se positionnant comme la banque de référence des
ménages aisés, Deutsche Bank a quasiment multiplié par deux sa base de
clientèle au cours des cinq dernières années en restant très actif sur
le terrain de la communication et de l'innovation commerciale. Quant à
BKCP, il semble être le plus intéressé pour reprendre les activités de
banque de détail de Citibank Belgium. Citibank pourrait donc jeter
l'éponge chez nous. De même que peut-être à terme Delta Lloyd, dont l'avenir semble loin d'être certain en Belgique. A côté de ces enseignes de moyenne taille qui montent, il y a donc aussi celles qui sont à la peine.
Phénomène passager ou pas ?
Reste
à savoir si cette recomposition de notre paysage bancaire est amenée à
se poursuivre dans les années à venir. Pour Grégoire Tondreau, la
réponse est oui. «C'est une tendance de fond, dit-il, qui n'est pas
près de disparaître.» A son sens, trois facteurs sont de nature à
favoriser sur le long terme le redéploiement des banques de plus petite
taille au détriment de leurs grandes rivales. Il y a d'abord l'agenda
politique. «Celui-ci devrait être favorable à l'idée d'une limitation
de la taille des banques, estime le consultant. Et ce, pour éviter les
concentrations de risques.» Partant du principe qu'une faillite de
Dexia serait catastrophique pour toute la Belgique tandis que la
déconfiture d'une enseigne de second rang comme Argenta ou le Crédit
Agricole n'aurait pas les mêmes conséquences.
A ce nouvel
environnement régulatoire s'ajoute un changement dans les habitudes de
consommation des clients. «Outre l'aspect diversification évoqué plus
haut, soutient Grégoire Tondreau, ils sont à la recherche de relations
simples avec leur banquier. Cette proximité et cette simplicité dans la
manière de consommer des produits financiers, on les retrouve davantage
chez les plus petites banques aujourd'hui.» Enfin, côté cuisine
interne, il existe aujourd'hui davantage de possibilités sur le plan
opérationnel pour compenser leur plus petite taille et donc rester
compétitives : «Il est en effet devenu plus réaliste pour les petites
banques de bénéficier de back-office partagés entre différentes
institutions financières ou carrément externalisés», conclut le
consultant de Roland Berger.
SÉBASTIEN BURON
Plus sur: banque, Argenta, AXA Banque, Crédit Agricole, Record