Le Secteur Bancaire.  3/1/2010


         Editorial de Marc Moulin

 

Stiglitz : la crise financière est dûe au système des primes aux banquiers.

AFP - Lundi 24 mars, 14h50

LONDRES (AFP) - L'actuelle crise financière puise en grande partie son origine dans le système "déraisonnable" des primes aux banquiers qui les pousse à prendre trop de risques, estime le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz dans une interview publiée lundi dans le quotidien britannique The Independent.
"Le système des indemnités a très certainement contribué d'une manière importante à la crise. Il a été conçu pour encourager la prise de risques mais il a encouragé la prise de risques excessifs. En fait, il les paie à faire des paris", a déclaré l'économiste.

"Quand les choses tournent bien, ils s'en tirent avec des primes énormes. Quand les choses tournent mal, comme maintenant, ils ne partagent pas les pertes. Même s'ils perdent leur emploi, ils s'en sortent avec d'importantes sommes d'argent", a-t-il ajouté au quotidien.

Selon l'Independent, les bonus accordés cette année aux banquiers de la City dépasseront les six milliards de livres (7,7 milliards d'euros) en dépit de dépréciations d'actifs bancaires qui s'élèvent jusqu'à présent à plus de 60 milliards de livres (77 milliards d'euros) en raison de la crise du crédit.

"La solution n'est pas tant de plafonner les primes mais de faire en sorte que les pertes soient partagées, tout comme les bénéfices, par exemple bloquer les primes pendant dix ans: s'il y a des pertes la deuxième, la troisième ou la quatrième année, les primes seraient réduites de manière appropriée", a poursuivi l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale.

Le Prix Nobel 2001 a par ailleurs stigmatisé les autorités de régulation financières qui "n'ont pas fait ce qu'elles auraient dû faire". "Les réglementations elles-mêmes n'ont pas suivi les innovations intervenues sur les marchés financiers", a-t-il estimé.

Les marchés financiers ont été "mauvais dans l'évaluation des risques". "Ils n'ont pas compris la nature du risque systémique (et) sous-estimé les corrélations", a jugé M. Stiglitz.

La politique monétaire ne pourra pas à elle seule dénouer la crise, croit M. Stiglitz, qui ajoute: "Il nous faut une plus importante dose de politique budgétaire afin d'empêcher l'économie de dégringoler."


Le Belge ne fait plus confiance à son banquier.  3/1/2009

La crédibilité des grandes banques est encore entamée. Environ 65% des Wallons ne font plus confiance à leur banquier. En Flandre, ils sont 56%. En outre, 72% des Belges s'attendent à payer des frais bancaires plus importants, rapportent jeudi Het Laatste Nieuws et De Morgen, citant une enquête de l'hebdomadaire Trends qui a interrogé 1.947 Belges sur leurs relations avec leur banquier.

Les grandes banques évoquées dans l'enquête sont Fortis, ING, KBC et Dexia. Un quart des Belges interrogés confient même avoir placé ces derniers mois une grosse partie de leur épargne sur un compte d'un plus petit acteur du secteur bancaire. Les clients se voient souvent proposer des produits trop compliqués.

En outre, les banques pensent trop souvent à leur propre intérêt, selon les personnes sondées, et les guichetiers en agence sont toujours encouragés à proposer au client les produits les plus rentables à la banque.

De récents événements comme la crise du crédit et le scandale de fraude à la Société générale en France, contribuent à saper la confiance des consommateurs envers les grandes banques. 

(belga/7sur7)

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C'est la lutte finale. 10/5/2006

Télémoustique du 10-05-06.

Les humoeurs de Marc Moulin.


Quel bazar on fait avec ces salaires des grands patrons. D'abord, la plupart, c'est pas des patrons. Un patron, c'est un créateur d'entreprise qui gagne ou perd selon le succès. Ici, on parle plutôt de top managers, des hauts salariés qui lorsqu'ils se plantent, y gagnent encore plus, puisqu'ils reçoivent des parachutes dorés avec leur licenciement. Ça leur laisse un peu de temps pour choisir quelle nouvelle entreprise ils vont plumer après. Bon, je ne sais pas comment on a su ce qu'ils gagnaient, ces managers. Est-ce qu'ils se sont fait pincer par les caméras de surveillance? (Je plaisante, ils ont avoué.) Le Soir titrait qu'un P.-D.G. moyen gagne 1,5 million d'euros par an, soit "25 fois plus qu'un salarié". Ça a permis d'apprendre que, selon Le Soir, un salarié moyen belge gagne 60.000 euros par an, il y a des lecteurs qui ont dû être étonnés.

Mais là où j'ai été fier, j'ai même bombé le torse, c'est quand j'ai vu le hit-parade. Et le number one, c'est le boss de Dexia. 5,27 millions d'euros. Le pauvre Albert Frère gagne 2,3 - le temps de remplir son caddy chez Colruyt et de donner un dimanche à ses petits-enfants, et bonjour le salaire-poche, comme dit M. Reynders. Je suis fier de Pierre Richard, parce que moi aussi, je suis chez Dexia. Avant, ça s'appelait Crédit Communal, mais comme vous le savez, depuis quelques années, les banques ont préféré s'affubler de noms de tampons hygiéniques. Le Crédit Communal, comme jadis la CGER, c'était une banque sociale, la banque du petit peuple, des communes, de la politique.

Elio Di Rupo est administrateur de Dexia. Je souris en l'imaginant mettant sa signature sur un salaire de 5,7 millions. Ça envoie quelque part un signal fort du monde politique à une population qui se tourmente sur l'insécurité sociale et l'argent fou.

Dexia et moi.


Ah, on en a fait du chemin chez Dexia, Pierre Richard et moi. Bon, il y a des différences entre nous. Moi, je suis client, lui, il est boss. Il gagne plus, et alors? Tom Cruise gagne plus que François Pirette, il suffit d'avoir le talent de naître au bon endroit. Je suis sûr que M.Richard, il est plus dégourdi que les PDG  gagne-petit des autres banques qui croupissent à 1,5 million d'euros par an. Il est probablement bilingue, voire trilingue, et doit avoir un diplôme de comptabilité d'une école étrangère. Et puis on n'a pas le même rôle chez Dexia, lui et moi. Moi je ne reçois pas d'argent: je donne mon argent à Dexia. Quand j'en retire un peu de mon compte, c'est le mien, que j'ai gagné en travaillant à l'extérieur. M. Richard, lui, il reçoit vraiment de l'argent de Dexia - je le sais car c'est un peu moi qui lui donne (avec des milliers d'autres clients). En plus, 2e cadeau à M. Richard, je travaille gratuitement pour Dexia, par exemple quand je fais mes virements électroniques. Et 3e cadeau, pour mes autres opérations, je paie. Et tout ça, c'est légal! Allez, un type qui a un truc pour faire travailler ses clients à sa place en se tapant des bénéfices aussi astronomiques, vous n'allez pas me dire qu'il ne mérite pas de gagner autant.

La CNE est une centrale syndicale francophone affiliée à la CSC.


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